C'est un cabinet d'assurances qui avait pignon sur rue, ouvert à Vitry-le-François dans les années 50. Mais lorsqu'il va prendre sa retraite, début 1990, et céder son cabinet à un autre assureur, avant que son propre fils ne prenne la relève, Maurice Charel, 91 ans aujourd'hui, ne pourra se résigner à rester dans l'ombre. Chaque jour, il va passer au cabinet… En coulisses, il va s'improviser banquier et greffer ainsi sa nouvelle activité sur celle de son fils.
Des amitiés à taux variables
Entre 2001 et 2005, il va ainsi faire contracter à des centaines de clients des prêts en toute illégalité. Des microcrédits qu'il va consentir, sans jamais être déclaré en tant que banquier, à des conditions pour le moins particulières.
Maurice Charel va ainsi consentir des prêts à taux plus ou moins variables à des « connaissances » en fonction du « degré d'amitié » qui les liait. Des taux qui vont s'échelonner de 0 à 12 %. Il va prêter de l'argent à des clients démunis, refusés par la plupart des banques, sans qu'aucune offre ne leur soit proposée.
L'échéancier de remboursement va s'avérer aussi variable que les taux appliqués. Pour se garantir, il fera même souscrire à ses clients des assurances vie dont il sera… l'unique bénéficiaire. Et lorsqu'il ne pourra recouvrer son argent, il fera intervenir un huissier. Une grande partie de sa clientèle va ainsi se retrouver en situation de surendettement.
C'est d'ailleurs une plainte déposée en 2003 auprès de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui va mettre la puce à l'oreille des enquêteurs. Ces derniers vont vite se rendre compte que l'assureur à la retraite n'avait ni le statut, ni les agréments pour s'improviser banquier. Ils vont établir à près de 250 le nombre de ses clients, dont certains auraient contracté plusieurs prêts… histoire de rembourser le précédent. Selon les enquêteurs, Maurice Charel aurait ainsi prêté 1,5 million de francs (230 000 euros) entre 2001 et 2005 en toute illégalité.
Absent lors de l'audience correctionnelle qui se tenait mercredi à Châlons-en-Champagne, en raison de problèmes de santé, il devait ainsi répondre d'infractions à la législation du travail. Mélanie Boinet, substitut du procureur, a fustigé le comportement de l'assureur qui, lors de son audition, s'était présenté « comme le bon samaritain qui voulait aider ses amis… Il n'avait pas le statut. Il a exercé une activité bancaire fantôme. Il n'a fait qu'obérer la situation déjà précaire de nombreux de ses clients. Il leur a fait contracter des prêts sans aucune protection, à des taux variables en fonction de « l'amitié », avec ou sans échéancier, le tout dans une absence totale de transparence ! ». Et de requérir 5 mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pendant 2 ans, 5 000 euros d'amende, ainsi qu'une obligation d'indemniser les parties civiles.
Pour sa défense, Me Chemla a fait constater que « s'il avait pratiqué quelque chose d'interdit », il n'a pour autant « jamais été découragé par la justice. De nombreux dossiers en recouvrement sont venus devant votre juridiction… Jamais, on ne lui a dit que son comportement était illégal… ».
L'affaire a été mise en délibéré au 19 septembre.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/un-assureur-retraite-simprovise-banquier-fantome
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