mardi 15 octobre 2013

Bayonne : arrêté et verbalisé dans le cortège qui amenait son père au cimetière

Rares sont les contrevenants qui jubilent quand tombe la contredanse. Mais celles-ci sont particulièrement amères à Joseph Vis. C’était le 2 octobre 2012, rue Maubecq, à Bayonne. L’homme conduit une voiture dans le cortège qui mène son défunt père, Henri Vis, vers le cimetière Talouchet. « J’ai été arrêté par la police. J’ai écopé de trois PV », soupire-t-il, résigné. Un an plus tard, il doit toujours 180 euros pour la dernière amende encore impayée. Elle ne passe pas.
Ce jour-là, la cérémonie religieuse réunit la famille, en l’église Saint-André, dans le Petit Bayonne. Les parents prennent la route du cimetière du quartier Saint-Etienne, sur la rive droite. Dans la montée de Maubecq, une voiture à l’arrêt bloque la circulation. « Je l’ai klaxonnée pour lui dire de se garer pour pouvoir suivre le cortège. Il y avait la police, qui m’a entendu klaxonner. Ils m’ont contrôlé. »

Les agents relèvent trois infractions : non-présentation de permis, une ampoule de phare grillée, l’usage intempestif de l’avertisseur. « J’ai payé le lendemain le premier PV. Je n’avais pas pris mes papiers sur moi, c’est comme ça, d’accord. J’ai reçu récemment les rappels pour le PV de l’ampoule. Je trouve ça sévère, mais je paie. Je le fais en deux fois, deux chèques. » La majoration de la troisième douloureuse vient de lui être signifiée. « Là, franchement je ne peux pas. Je suis auto-entrepreneur dans les espaces verts, mais je ne trouve pas de travail depuis un moment. »
Joseph Vis ne conteste pas le bien fondé des contredanses. Même pour cette dernière, si difficile à digérer, il sait que le Code de la route n’autorise l’usage de l’avertisseur en ville qu’en cas de danger imminent. C’est plus la forme dont il conserve un souvenir cuisant. Vieil affrontement de la loi et de l’esprit de la loi. La rigueur de l’une que veut nuancer l’autre.
« J’ai expliqué à l’agent que j’enterrais mon père. Je crois qu’il ne m’a pas cru. Il a peut-être pensé que j’essayais de m’en tirer comme ça. Des cousins se sont arrêtés pour certifier que c’était vrai et demander de me laisser. J’ai fini par dire : ‘‘Mettez-moi ce que vous voulez mais laissez-moi partir !’’»
L’abbé Jean Iturria attendait les proches au cimetière pour les instants de recueillement. « Avec la famille et les employés des pompes funèbres, nous avons attendu M. Vis presque une demi-heure, avant qu’il n’arrive enfin », se souvient le curé.
Côté police nationale, le déroulé des événements conduit à penser que le contrevenant a haussé le ton. Quand un agent fait le tour de la voiture… La police souligne aussi « la dimension de discernement », voire de « bienveillance » qui guide l’application de la règle, en fonction du cas particulier. « La verbalisation est un dialogue, le ton compte. » On devine, au vu des circonstances, que celui employé ne fut pas le bon. Dans tous les cas, la loi prévoit des voies de recours. Chacun, s’il conteste un procès-verbal, peut demander à s’expliquer devant une juridiction de proximité.
Il est certainement trop tard, pour pareille action. Que peut encore attendre Joseph Vis, alors qu’il doit payer son dernier dû au Trésor public ? Lorsqu’on pose la question au Centre national de traitement (CNT) des infractions routières, à Rennes, une préposée suggère un courrier au même CNT.
« S’il y a eu contravention, c’est qu’il a eu infraction. Après, dites à ce M. Vis de préciser dans sa lettre de réclamation le contexte de ce jour. Qu’il fournisse les justificatifs montrant qu’il se rendait bel et bien aux obsèques de son père. L’officier du ministère public décidera en fonction. »

http://www.sudouest.fr/2013/10/15/verbalise-dans-le-cortege-funeraire-de-son-pere-1199859-4018.php

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