Ce 1er juin, un contrôle routier est organisé à Audincourt. Il est un peu plus de minuit et demie. Soudain, surgit une Renault Clio. « J’ai vu la voiture foncer sur moi. Je me suis jeté sur le côté pour ne pas être percuté. Au passage, j’ai vu le conducteur me faire un doigt d’honneur », détaille, dans sa déposition, Christophe Mathieu, le policier en question.
Ses collègues relèvent le numéro de la plaque d’immatriculation. La Clio appartient à un habitant d’Arbouans. Dix minutes plus tard, la brigade anticriminalité déboule devant le domicile, distant de deux kilomètres du point de contrôle, et découvre deux hommes. Un, assis côté passager. Un autre, dans la cour. Lequel est le propriétaire de la voiture.
Le dossier semble bouclé. Sauf que le prénommé Riad, 24 ans, nie catégoriquement. Devant le tribunal, il maintient sa version initiale. Dans son trench couleur mastic, sa chemise blanche sous un gilet foncé, son jeans gris, ses sneakers et sa raie sur le côté, le prévenu présente bien. Pour reprendre le terme de son avocat, Me Euvrard, il est « bien propret ». Alors que dit-il au juste ?
« J’ai prêté ma voiture à un type dont je ne connais que le surnom. Il m’a dit qu’il avait besoin de faire une course rapide. Je ne dirai pas qui il est de peur des représailles. S’il brûlait la voiture de mon père ou s’il envoyait ses cousins me tabasser, je ne crois pas que les forces de l’ordre pourraient faire grand-chose pour moi ».
« Le regard laser des policiers »
Le président Troilo lui oppose le peu d’indications « permettant d’accréditer cette thèse » et le fait que les policiers l’ont physiquement reconnu. « Mais il y a 4 000 personnes typées comme moi », réplique le prévenu. À l’écouter, le mystérieux emprunteur venait juste de lui rapporter sa voiture et de disparaître quand la police a surgi. Riad dit qu’il patientait dans son garage en sirotant de la vodka et en fumant un joint. Les policiers ont d’ailleurs retrouvé un morceau de cannabis dans sa chaussette. Quant au passager, il a dit qu’il ne dirait rien. Qu’il n’était pas « une balance ».Le procureur Pascal se charge de déminer le terrain de la relaxe sollicitée et balaie d’un revers de manche, « la théorie du complot ». Il requiert quatre mois de prison avec sursis et la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois.
Me Euvrard, tenu par la ligne de défense tracée par son client, s’échine ainsi à lui donner de la chair. Il estime que l’accusation repose « sur une construction intellectuelle. Je ne peux me contenter de ces scories. Le dossier relève de la mystification. Ni plus, ni moins ». Il ironise sur « le regard laser des policiers », capables d’identifier un chauffard qui file à toute berzingue dans la nuit. « Ils sont formés à cela », lui oppose Me Belin.
L’avocat de la défense conclut par une demande de relaxe. « Sans vouloir barguigner », glose-t-il. Il retient que son client dit « n’avoir rien fait ».
Le tribunal n’a pas partagé cette analyse, allant au-delà des réquisitions. Riad, au casier vierge, écope de quatre mois de prison avec sursis. Son permis de conduire est purement et simplement annulé avec interdiction de se représenter aux épreuves avant un an. Une décision qui a fait réagir le prévenu. Le président lui indiquant qu’il avait tout loisir de faire appel. Enfin, l’affaire lui coûtera plus de 1 500 € entre les dommages et intérêts à verser aux policiers et les frais d’avocats.
http://www.estrepublicain.fr/justice/2013/10/15/audincourt-(25)-il-fonce-sur-un-policier
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire