Un scandale dans l’intimité de la morgue de l’hôpital de Girac. Du marc de café appliqué sur la bouche d’un défunt qui donne l’illusion du sang séché, une tête renversée pour provoquer la décoloration du visage : autant d’artifices dont étaient soupçonnés des agents hospitaliers pour mieux orienter les familles endeuillées vers un thanatopracteur de Brie, le tout moyennant une rétribution sous le manteau.
« Des pratiques abominables », commentait à l’époque le procureur Couilleau. C’était à l’été 2008.
Quatre ans et demi plus tard, il n’en sera pas question au procès qui s’ouvre mardi après-midi devant le tribunal correctionnel d’Angoulême : les poursuites pour atteinte à l’intégrité des corps ont été abandonnées en cours d’instruction. Seuls des faits de corruption ou d’escroquerie sont imputés aux huit personnes appelées à comparaître : quatre salariés de l’hôpital, l’ex-gérant des pompes funèbres Roc’Eclerc à Saint-Yrieix, le thanatopracteur, un artisan taxi et un transporteur.
Service « autogéré »
L’instruction s’annonçait aussi explosive que délicate. Close en juin dernier, elle n’a pas permis d’établir l’odieux maquillage de certains corps à des fins mercantiles. Et si des mises en scène recourant au marc au café ont été rapportées tant par des agents hospitaliers qu’un ancien thanatopracteur, elles n’ont pu être imputées à qui que ce soit. Aujourd’hui en retraite, âgés de 60 et 66 ans, les deux intéressés nient en bloc.
Les investigations confiées au SRPJ de Limoges n’en ont pas moins révélé des pratiques nauséabondes au sein de la morgue de Girac, service longtemps « autogéré », selon le mot d’un protagoniste. Ainsi découvre-t-on, à la lecture de l’ordonnance de renvoi rendue par la juge d’instruction, les combines des uns et des autres : passons sur les plannings de présence trafiqués et l’organisation de travail par demi-journée qui laisse le temps à un troisième agent de se mettre au service d’un artisan taxi (soit 20 700 euros gagnés au black entre 2002 et 2007) pour retenir un système de favoritisme institué de longue date.
20 ou 30 euros par corps
Plutôt que de présenter l’indispensable liste préfectorale des entreprises de pompes funèbres, il arrivait que les deux agents hospitaliers orientent les familles des défunts vers l’enseigne Roc’Eclerc de Saint-Yrieix et accessoirement le thanatopracteur pour les soins de conservation. Une habitude prise dès le milieu des années 90, à raison de « quatre ou cinq corps par mois ». 20 ou 30 euros pour un corps orienté : c’était la rémunération sous enveloppe dont bénéficiaient les agents. Si ces derniers sont passés aux aveux en cours d’instruction, le thanatopracteur et l’ex-gérant, tous deux mis en examen pour corruption active, réfutent de telles accusations.
Déjà, en 2000 et 2004, des signalements anonymes avaient entraîné l’ouverture d’enquêtes de police. Ni l’une ni l’autre n’avait abouti. Tout juste avaient-elles contraint les agents à suspendre leurs pratiques « pendant quelques mois », relève la juge d’instruction.
Le groupe Roc’Eclerc et l’hôpital de Girac se sont portés partie civile.
http://www.sudouest.fr/2013/03/11/les-derives-de-la-morgue-a-la-barre-990652-813.php
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