Hier après-midi, neuf personnes étaient poursuivies devant le tribunal correctionnel dans le cadre d'un trafic de résine de cannabis à Reims. Le parquet a requis de un an de prison ferme et 40 000 euros d'amende à six mois de prison avec sursis et 30 000 euros d'amende à leur encontre. Le jugement a été mis en délibéré au 19 novembre.
L'ENQUÊTE débute en mai 2007 avec la saisie de 228 grammes de cocaïne. La perquisition, liée à une affaire de violence, se déroule au domicile d'un certain Nicolas S. L'homme, âgé de 40 ans, tombe des nues. Hier encore, il a nié en bloc face à la présidente, Anne Pozzo Di Borgo. « Je n'ai rien à voir avec cette affaire », assure-t-il. Pourtant, les enquêteurs assurent que l'homme a tenté de se débarrasser de la marchandise à leur arrivée.
Les investigations permettent d'identifier un certain Stéphane M. Ce Rémois de 37 ans, qui sera jugé ultérieurement, est un des piliers présumés du trafic. Deux frères, Aldric et Virgile, sont à leur tour dans le collimateur des enquêteurs. À la barre, Virgile désigne du bout des lèvres Stéphane M. comme son fournisseur pour la période 2007-2008. « J'ai bossé avec lui. » Il confirme « entre 5 et 10 kilos de résine cannabis sous forme de plaquettes de 100 à 500 grammes ». Les deux hommes se brouillent fin 2008.
« J'ai fait une bêtise »
C'est alors que Virgile s'adresse à Youcef B. Pendant l'instruction, il reconnaît lui avoir acheté plusieurs kilos de cannabis. Il maintient ses accusations lors d'une confrontation en janvier 2010. Depuis, il a curieusement perdu la mémoire en ce qui concerne Youcef. « Je ne m'en souviens plus… J'ai menti », ânonne-t-il. « Ce n'est pourtant pas de la préhistoire », ironise la présidente Pozzo Di Borgo. « Avez-vous subi des pressions, des menaces ? », tente-t-elle. « C'est fait… C'est fait… », répond le prévenu de manière énigmatique.
À ses côtés, son frère Aldric n'en mène pas large. Lui a investi 10 000 euros dans l'affaire sous l'influence de Virgile. Un pécule que lui avait octroyé la commission d'indemnisation des victimes d'infractions pénales. « J'ai fait une bêtise. J'avais un petit capital qui s'est envolé par ma faute », concède-t-il. Chez lui, on va découvrir près de deux kilos de résine de cannabis. Difficile, dans ces conditions, de nier leur implication. D'autant que plusieurs consommateurs admettent avoir eu recours à leurs services pour se fournir.
« On m'a pris pour un bouc émissaire »
Youcef B. se dit étranger au trafic. À l'entendre, les importants flux financiers relevés sur ses comptes en banque ne seraient que le fruit de son travail. Des activités pour le moins troubles puisque cet homme de 42 ans prétend « acheter souvent des voitures ». Et les revendre. « Je suis aussi dans l'immobilier », clame-t-il. « Plusieurs appartements achetés et retapés. » « On m'a pris pour un bouc émissaire », dénonce-t-il. Il n'explique pas pourquoi Virgile a pu le mettre en cause aussi longtemps. « Aujourd'hui, il dit la vérité car il a peut-être des remords », analyse Youcef. Il se doit malheureusement de concéder avoir été expulsé de son logement en 2006-2007. Aujourd'hui, il touche les minima sociaux car, dit-il, « j'ai dilapidé tous les fonds ».
Pierre E., Jordan F., Jean L. et Tony S. seront interpellés au fil des écoutes téléphoniques et des surveillances. Chez le premier, les enquêteurs découvrent 293 grammes de cannabis. Mais « petit Pierre » soutient bec et ongles qu'il s'agit de sa consommation propre pour supporter la maladie qui le ronge insidieusement (lire par ailleurs). Il n'aurait fait que « dépanner » une connaissance. « Elle me donnait un bout et je lui donnais un bout. » Les autres plaquettes, dont parle un client, ne seraient que pures affabulations.
« Je ne fumais pas beaucoup »
Jordan F., qui avait mis en cause Pierre E., fait volte face. Les douze plaquettes à 1 200 euros ne seraient que mensonge. « À l'époque, j'ai eu peur. J'ai fait l'objet de pressions », accuse-t-il. De la part d'un trafiquant ? « Des enquêteurs », ose-t-il. Quel était donc son véritable fournisseur ? Sa mémoire flanche : « Une personne de Croix-Rouge que je croisais à l'époque ». Tony S., quant à lui, a été trouvé en possession d'une plaquette de 100 grammes de cannabis « pour ma consommation personnelle ». « Je ne fumais pas beaucoup mais j'ai acheté une telle quantité pour éviter de me déplacer trop souvent. » Car, ajoute-t-il avec malice, « je ne voulais pas me faire agresser dans les quartiers ».
Le substitut du procureur, Jocelyn Poul, n'en croit pas un mot. Il est convaincu que Youcef B. est une des pierres angulaires du trafic, à l'image de Stéphane M. qui sera poursuivi prochainement. Il requiert d'ailleurs un an de prison ferme et 40 000 euros d'amende à son encontre. Le représentant du ministère public réclame de six mois de prison ferme à six mois de prison avec sursis à l'encontre des huit autres prévenus.
Pour l'essentiel, les avocats de la défense ont plaidé la relaxe de leur client en mettant un coup de projecteur sur la faiblesse des indices collectés par le juge d'instruction. Pour ceux qui ont reconnu les faits, le conseil a demandé la clémence du tribunal.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/les-prevenus-nont-pas-la-memoire-dun-trafic-de-cannabis
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