« C’est bien la prise de méthadone qui a causé leur mort par asphyxie. Aucun coup n’a été relevé lors de l’autopsie », a précisé hier Thomas Pison, procureur de la République de Nancy, après avoir pris connaissance des premiers résultats des analyses toxicologiques réalisées par un laboratoire strasbourgeois. « La quantité absorbée serait l’équivalent d’une fiole pour les deux enfants ». Fatal.
Si les analyses sont formelles, de nombreuses zones d’ombres et interrogations entourent toujours ce drame. À commencer par cette question : comment des enfants de 18 mois et 3 ans ont pu avoir accès et ingérer seuls la méthadone parentale prescrite sous sa forme liquide ? D’autant que le couple prenait a priori soin de stocker le traitement « en hauteur, dans un endroit inaccessible pour les enfants ».
Les doses retrouvées dans le corps des petits (Jason présentait le taux le plus important) sont-elles le reflet d’une seule et même prise dominicale ou, au contraire, la charge peut-elle être compatible avec des ingestions étalées dans le temps ?
Dans la matinée, un flacon aurait été retrouvé brisé au sol par la mère qui assure avoir épongé le liquide. En quittant l’appartement vers 13 h pour se rendre à son travail, cette conductrice de bus sur le réseau Stan’du transporteur Véolia-Transdev, aurait remarqué que Wendy « n’était pas trop bien ». L’enfant aurait-elle pu s’emparer d’un flacon, en boire à l’insu de ses parents, en donner à son petit frère – le goût est neutre voire un peu sucré – avant de le lâcher au sol ? Une piste à explorer d’autant que la fiole brisée a été saisie.
Gavé de produits de sevrage (méthadone, anxiolytiques…), le père qui reste la dernière personne à avoir vu les enfants en vie après le départ de sa femme, aurait découvert à son réveil les deux enfants inanimés et cyanosés sur un canapé, vers 16 h. « Il a alors appelé sa femme et c’est elle qui a alerté les secours », souligne encore Thomas Pison, ex-procureur d’Ajaccio, installé il y a 15 jours à la tête du parquet nancéien. « C’est un dossier atypique et je n’avais encore jamais vu cela dans ma carrière ». À l’arrivée des secours, la suspicion d’une intoxication au monoxyde de carbone (CO) avait amené les pompiers à déplacer les corps et à entreprendre une longue réanimation. En vain.
Sous contrôle judiciaire
Le parquet de Nancy a ouvert hier une information judiciaire afin de faire toute la lumière sur ce drame. Mis en examen pour « homicides involontaires » (Ndlr : une qualification qui relève du tribunal correctionnel), père et mère respectivement défendus par Mes Pereira et Vaxelaire, ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire dans la soirée. Conformément aux réquisitions du procureur. Sans toutefois la contrainte d’une interdiction de se rencontrer même s’ils sont hébergés dans leur famille respective, leur logement étant sous scellés. « Nous n’avons pas pour l’heure d’éléments qui permettent une autre qualification. Des divergences dans les déclarations des deux parents doivent être précisées et la personnalité tant du père que de la mère mérite encore d’être explorée tout comme le déroulé de ce dimanche 9 septembre ».L’enquête se poursuit pour les policiers de la Sûreté départementale qui, en l’espace de 48 heures, outre de nombreuses auditions, « ont réalisé un gros travail de prélèvement, pour ne rien laisser passer », souligne encore Thomas Pison. Aucune trace de méthadone n’a été décelée dans les biberons saisis. Auquel cas, la qualification de la mise en examen aurait été tout autre
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/09/12/methadone-mortelle
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