mercredi 14 décembre 2011

Fugue ou enlèvement ? :«Ma petite-fille a disparu»

Douze jours sans le moindre signe de vie… Une adolescente plonge sa famille dans l'angoisse. Sa grand-mère est à la tête de la commune depuis 10 ans. Elle a entrepris une grève de la faim.

EST-CE QUE c'est normal de n'avoir aucune trace d'une adolescente de 16 ans disparue depuis le 30 novembre, quand, il y a quelques mois, on a pu coincer en trois jours le voleur du scooter du fils Sarkozy ? La question, Micheline Provotal et son gendre, Christopher Sabry, ont fini par ne plus se la poser. Micheline surtout. Elle est maire de Goussancourt depuis 2001. Jamais, elle n'aurait imaginé traverser une épreuve aussi cruelle. Goussancourt, c'est une centaine d'habitants. Depuis mercredi, Micheline Provotal, la maire, rongée par l'inquiétude, est en grève de la faim.

Un épais silence

Leelou a disparu. Elle n'a pas rejoint le domicile de ses parents à Villiers-sur-Orge depuis le 30 novembre. Et n'a donné aucun signe de vie, depuis. Le parquet d'Evry est sur l'affaire, le commissariat de Palaiseau, même chose et ça n'avance pas. Ou pas vite. « Il y a à peu près neuf chances sur dix pour que ma petite-fille soit entre les mains d'un individu de 26 ans, limite fiable et connu des services de police », indique la maire de Goussancourt. La voix est fatiguée. Le téléphone portable de l'élue ne prend plus de messages « depuis que je me suis fait insulter par des jeunes de Fère ».
Fère-en-Tardenois, c'est le second ancrage axonais de ce dossier. Fathi, celui que la grand-mère de Leelou soupçonne de manipulation, habite là-bas. « Je le connais un peu parce dans l'exercice de mon mandat de vice-présidente de la communauté de communes, en charge de l'éducation et de la jeunesse, j'ai déjà eu à le rencontrer », signale Micheline. Ce n'est pas le cas de Christopher, le père de l'adolescente. « Je me concentre sur les recherches engagées par les enquêteurs. Apparemment, la famille du jeune, que ma fille fréquentait, est complètement dépassée. »
Leelou Sabry est scolarisée en seconde de Bac pro à Saint-Eugène. Elle est un peu rebelle comme on peut l'être à 16 ans.


La faim pour des moyens

Des mauvaises fréquentations ? Peut-être, si l'on écoute Micheline Provotal. « Ce qui est à peu près certain, c'est que cette fugue, si l'on considère que c'en est une, se produit alors que ma fille a entamé une relation avec ce jeune âgé d'une dizaine d'années de plus qu'elle. Ils sont ensemble depuis la Toussaint », explique Christopher Sabry.
« Les jours passent et nous n'avons aucune nouvelle, déplore la grand-mère de l'adoles- cente. Mon poste d'élu importe peu. Je serai en grève de la faim tant que le préfet et le procureur n'utiliseront pas tous les moyens pour localiser l'individu qui détient ma petite-fille. » Micheline Provotal a fait de sa thèse une certitude. S'il n'y a pas enlèvement, il y a au moins séquestration.


« Ma belle-mère est fragile et très fatiguée, mais il y a de quoi, fait observer M. Sabry. Nous n'étions pas trop partants pour qu'elle entame cette grève de la faim. En même temps, c'est aussi un moyen qui permet d'alerter les médias. » La pression monte. Du côté de la famille, comme du côté du parquet qui dirige l'enquête. La mobilisation enfle sur la toile. « Il y a peu de chance pour que ma fille soit dans l'Aisne », estime son père. « Nos gouvernants feraient mieux de s'occuper de la sécurité, au lieu de nous spolier avec des contraventions minables », s'insurge sa grand-mère. Leelou donnera-t-elle bientôt de ses nouvelles ?
Les éléments en possession des enquêteurs
  • Le 28 novembre, la jeune fille fait comprendre à ses parents qu’elle ne souhaite pas dormir à la maison, le soir. Une discussion s’engage. Chacun s’accorde pour que Leelou passe la nuit chez une amie. Les parents connaissent la famille. Tout va bien.
  • Le 29 novembre, Leelou Sabri se présente, comme convenu, au stage qu’elle doit suivre dans l’hypermarché Carrefour. Le soir, même scénario que la veille. Les parents de Leelou concèdent une nouvelle nuit chez l’amie.
  • Le 30 novembre, la jeune fille téléphone à ses parents. Elle indique qu’elle veut se rendre, les 3 et 4 décembre, à Fère-en-Tardenois « pour régler certaines choses ». Discussion rude mais sans issue. À 17 h 30, Leelou fait un passage par le domicile familial. Elle laisse les clés du domicile de son amie à son jeune frère. Il est âgé de 5 ans. M. Sabri téléphone en soirée aux parents de cette jeune fille. L’hébergement se déroulait « normalement », selon eux.
  • Le 30 novembre toujours, Leelou envoie un message SMS à sa mère. C’est court : « Je t’appelle. » Elle n’appellera jamais. Depuis ce message, plus aucune nouvelle de la jeune fille.
  • Depuis la disparition de Leelou, aucune trace d’activité sur son téléphone portable. Son opérateur, Bouygues, a fourni des relevés, quatre jours après que les enquêteurs les ont demandés. En revanche, on sait que l’ami de l’adolescente s’est fait déposer en région parisienne. Il s’est servi à plusieurs reprises de son portable. Une connexion Internet a également été recensée. Dernier élément, les mouvements d’argent sur le compte de la jeune disparue. Les informations en possession des banques n’avaient pas encore été livrées, hier.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/fugue-ou-enlevement-ma-petite-fille-a-disparu

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