Hier, l’auteur du double meurtre de Tours-sur-Marne s’est livré à la reconstitution du sanglant réveillon de Noël 2009. Le 24 décembre, deux hommes sont abattus dans un appartement.
L’un a eu le malheur de s’opposer à Yohann Buchart à propos d’une sombre histoire de drogue. L’autre a eu la malchance d’en être le témoin. Alors que tout l’accable, le suspect a mimé une version improbable où plane l’ombre d’un tueur fantomatique.
IL est 14 heures hier et un violent orage éclate à Tours-sur-Marne. Les gendarmes achèvent de boucler l’accès à l’immeuble du 13 allée Bisseuil où doit se dérouler la reconstitution du double meurtre du 24 décembre 2009. Des trombes d’eau s’abattent maintenant sur le village, obligeant le père et le frère d’Anthony Ternisien, une des deux victimes, à battre en retraite sous le porche d’une « barre » voisine.
C’est là, sous le déluge, qu’un véhicule de gendarmerie s’arrête un court instant avant se frayer un chemin jusqu’à la cour du bâtiment. On devine sans trop de mal la fine silhouette de Yohann Buchart, assis sur la banquette arrière. Le jeune homme est impeccable.
Un tueur fantomatique
Il porte une chemise claire sous sa veste sombre. Ses longs cheveux sont ramenés en arrière et des lunettes à fine monture rehaussent un visage anguleux rasé de près. Sous cette apparence de gendre idéal, on peine à se rappeler l’autre visage.
Celui du junkie peu soigné, toujours « enfouraillé » et souvent « déjanté ».
Dans quelques minutes, Yohann Buchart va aller et venir dans la cage d’escalier, encadré des gendarmes et assisté de son avocat, Me Olivier Carteret. Impossible pour lui d’oublier les victimes car leurs photos trônent près des boîtes aux lettres repeintes en rouge sang.
Il y a la plus visible, celle de David Fernandez, mort à 30 ans. Et puis celle, plus effacée, d’Anthony Ternisien, 28 ans, tombé à ses côtés. Le cortège, piloté par le juge d’instruction et rejoint par les avocats de la partie civile — Me Mourad Benkoussa et Me Nadia Mandois — file au premier étage à l’appartement de David Fernandez.
C’est là que le drame se noue en toute fin d’après-midi, ce funeste 24 décembre. David Fernandez reçoit Yohann Buchart, grand amateur de haschich, avec qui il est allé faire le plein de bière à la supérette du coin. Le huis clos s’éternise.
Une balle dans la tête
Deux versions s’affrontent alors pour expliquer le bain de sang qui va suivre. Il y a celle de Yohann Buchart, à ce point inachevée et délirante qu’il ne cesse de la revisiter. Invariablement, il met en scène un troisième homme surgit de nulle part ou plutôt du village. Comme ce gars, dénoncé pendant la garde à vue, qui a été entendu à son tour, puis mis hors de cause à la veille de Saint-Sylvestre.
Hier après-midi, Yohann Buchart n’a donc eu de cesse de clamer son innocence en rejouant un scénario chaotique où il est quasi spectateur du double meurtre. Son revolver aurait été subtilisé dans la confusion d’une bagarre mettant aux prises David Fernandez et un fantomatique tueur au couteau.
Ce n’est donc pas lui qui a poignardé le malheureux à huit reprises.
Ce n’est pas lui non plus qui, la rage au ventre, s’est lancé à ses trousses jusqu’à l’appartement d’Anthony Ternisien au deuxième étage. C’est pourtant là que tout s’est achevé dans un bain de sang.
David Fernandez a été achevé de deux coups de feu dont un mortel. Anthony Ternisien s’est effondré sur son canapé, peut-être sans comprendre ce qui lui arrivait. Car finalement, Yohann Buchart est soupçonné de lui avoir logé une balle en pleine tête sans motif. Parce qu’il a eu tort de s’être trouvé chez lui à regarder la télé avant d’aller fêter le réveillon. Parce qu’il est brusquement devenu le témoin gênant d’un crime sordide. Alors, il a été effacé comme dans un jeu vidéo.
Trophées de Noël
Confronté aux réalités matérielles du double crime, Yohann Buchart se perd en conjectures. Il ne s’explique pas par exemple qu’une voisine ait remarqué son petit manège dans les étages entre deux détonations bien qu’il ait masqué son visage d’une capuche. Il y a aussi l’arme du crime repêchée sur ses indications et ces traces relevées par la police scientifique qui battent en brèche ses faux-fuyants.
Yohann Buchart ne convainc pas davantage quand il est confronté aux piètres trophées emportés ce soir-là. La console Play Station 3 récupérée chez Fernandez et que les gendarmes découvriront chez ses parents.
Ou encore l’ordinateur qu’il s’est empressé d’offrir comme cadeau de Noël à sa petite amie alors que les cadavres des victimes étaient encore tièdes. Dans ces conditions, la reconstitution – acte souvent ultime de l’instruction – n’a pas vraiment permis de figer le déroulement du drame. Il a en tout cas permis de pointer les incohérences et de lister les zones d’ombre d’un scénario décousu que le meurtrier aux deux visages aura peine à masquer au jour du jugement.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/retour-sur-les-lieux-du-sanglant-reveillon
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