mercredi 18 mai 2011

Une villa de 280 m2… dont le curé ne veut pas être délogé

Joseph Boucher, 89 ans, n’est pas vraiment un habitué des tribunaux. D’ailleurs, il a oublié de retirer son opinel qu’il « garde toujours sur lui ». Arrivé devant le portique de sécurité, on refuse de le laisser entrer. Qu’à cela ne tienne, il part le « cacher à l’extérieur » et revient. « Vous savez, j’ai 90 ans et je viens sans avocat ! »
L’ex-curé de Fontaine-de-Vaucluse comparaissait hier devant le tribunal d’instance d’Avignon qui devait statuer sur une demande “d’expulsion locative” émanant de Vallis Clausa, la société propriétaire de la maison qu’il occupe à Fontaine. Depuis 1996, Joseph Boucher est logé gratuitement dans cette villa de 280m 2.
En attendant d’être appelé à la barre, il attend sagement son tour. Quand vient son nom il lève le doigt, un peu perdu. Il est venu seul, mais « comme le plus heureux des hommes » dit-il. « Je suis content d’être inculpé ! (sic) »
Me Catherine Py, l’avocate de Vallis Clausa, évoque un bail devenu caduc. « Un congé a été donné pour qu’il parte le 1er mars 2004. Le père a bénéficié d’un délai confortable pour se préparer à partir, ironise-t-elle. Depuis, il occupe cette maison sans droit ni titre. »
Le juge Catherine Desrousseaux lui donne la parole. Seul à la barre, il assure : « Mon seul désir est que la justice soit faite ! » Il parle fort, regarde le public. « Vous n’êtes pas au théâtre ! » reprend la juge.
« Il nous squatte depuis dix ans. Et on lui paye l’eau, il peut boire tous les jours à notre santé ! »
Comment en est-on arrivé là ? En 1996, en retraite, Joseph Boucher se tourne vers la société Vallis Clausa, qui gère le moulin à papier de la commune. Il est intéressé par une maison « inhabitée, en ruines ». Il explique qu’un accord a été conclu entre lui-même et l’ancien président de la société. Un bail « qui [lui] permettait d’y vivre jusqu’à [s]on dernier souffle » en échange de travaux. « Je me suis proposé de la restaurer de la cave au grenier ! Pendant cinq ans, j’ai retapé ! »
Selon Joseph Boucher, c’est même le conseil général, propriétaire des lieux jusqu’en 1999, qui lui aurait permis d’occuper la maison, en accord avec la société.
« Trouvez-vous normal d’occuper gratuitement une habitation ? » demande la juge. Elle lui rappelle qu’une maison de retraite l’attend à Nantes.
« J’irai le plus tard possible » répond cet irréductible Gaulois, bien décidé à ne pas quitter son « petit paradis (..) Que l’on vienne me prendre de force ! Je l’ai retapé moi-même pendant cinq ans. »
De son côté, le directeur actuel de la société, Pierre Saugerant-Fromion, se dit « usé » par cette affaire. Il lâchait avant l’audience : « Joseph Boucher, c’est un prêtre-ouvrier, pas un saint ! Il nous squatte la propriété depuis dix ans. Et on lui paye l’eau, il peut boire tous les jours à notre santé ! » Selon lui, c’est pris de pitié que l’ancien directeur de l’entreprise lui aurait permis d’occuper la maison. Une maison qu’il compte bien récupérer pour loger ses employés. Verdict le 21 juin
http://www.ledauphine.com/vaucluse/2011/05/17/une-villa-de-280-m-2-dont-le-cure-ne-veut-pas-etre-deloge

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