Sa gorge se noue, ses genoux tremblent, la colère monte dans n’importe quelle situation du quotidien. Au supermarché par exemple où, voici quelques jours, Nadine faisait ses courses. « Deux petites mamies discutaient. L’une dit à l’autre “T’as vu ce qui s’est passé rue de L’Yser ! On est vraiment dans un monde fou’’. » Des cernes énormes sous les yeux, Nadine poursuit : « Une troisième personne s’en mêle et ajoute “Oui mais celui qui a pris des coups de feu l’avait cherché ! Pourquoi il a sonné chez l’autre à minuit ?” » La mère de Mickaël, 32 ans, toujours plongé dans le coma à l’hôpital de Trévenans, intervient alors dans la discussion : « J’ai rétorqué à cette fille “Je suis la maman”. Elle m’a répondu “Désolée”. Mais je savais qu’elle ne l’était pas. » Ou comment la souffrance est balayée sous le poids des jugements…
Depuis cette fameuse nuit, où son « gamin » a décidé d’aller s’expliquer avec un voisin qui lui a tiré dessus à deux reprises (une artère du poumon et le cœur ont été atteints), la vie de l’aide-soignante et de ses autres enfants est un cauchemar : « Heureusement que nous sommes bien entourés. »
Tous les après-midi, Nadine se rend à l’hôpital pour veiller sur son fils dans le coma : « Et j’y retourne tous les soirs. Les médecins sont optimistes mais il y a toujours des risques de complication. Ils m’ont répété que Mickaël était un miraculé. »
L’Audincourtoise est en boucle. Elle ressasse les heures qui ont précédé le drame avec ce sentiment de culpabilité qui ronge les mamans : « Je n’étais pas au courant de l’altercation avec le tireur [N.D.L.R. : qui roulait trop vite] l’après-midi dans la rue. Mickaël, qui vit chez moi, est rentré, il était calme. Il a joué à la console de jeux puis il est sorti. Il est rentré peu avant minuit en me disant “Maman, je sors, je reviens dans cinq minutes”. »
Aucune nouvelle, la panique
Même quand une détonation retentit, à minuit, l’Audincourtoise ne fait aucun lien avec son fils. « Il n’est pas revenu de la nuit. J’ai pensé qu’il était avec sa petite copine. » Le lendemain matin, personne n’a de nouvelles de l’intérimaire : « Très inquiète, j’ai appelé le commissariat. On m’a dit que mon fils n’y était pas. J’ai téléphoné aux urgences de Trévenans. Une infirmière m’a répondu “Il est là, on ne peut rien vous dire”. »
Les mots ont leur poids. Nadine manque de s’écrouler de panique. Au fil de la journée et bien difficilement, elle apprend le déroulé du drame. Ce qui fait dire à son amie Amandine : « La famille a été laissée pour compte. » Comble de la tension, victime et auteur sont « voisins ». Le tireur, 55 ans, mis en examen pour tentative de meurtre et écroué, habitait chez sa mère à l’autre bout de la rue. « Mon fils était alcoolisé, il a des torts, c’est vrai. Si j’avais su qu’il retournait voir ce type [N.D.L.R. : déjà condamné à plusieurs reprises], je l’en aurais empêché. J’ai la haine. Pourquoi cet homme a ouvert sa porte ? Pourquoi a-t-il tiré ? Pourquoi n’a-t-il pas appelé les policiers ? » s’interroge-t-elle.
Ce quinquagénaire, la famille ne le connaissait ni d’Ève, ni d’Adam. « Mickaël ne savait pas sur qui il tombait. On ne sait malheureusement jamais », soupire-t-elle. Aujourd’hui, la famille tente de faire face avec courage et sérénité : « Mon fils a moins de sédatifs. Dimanche, il a ouvert les yeux. Je lui ai dit “C’est maman”. Il a fondu en larmes. »
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