mercredi 10 décembre 2014

Erreur de médicament à la maternité de Montbéliard

Après la naissance de sa fille, mardi dernier à l’hôpital de Montbéliard, Aurélie a été la victime d’hallucinations et d’une allergie. La faute à une erreur de médicaments. Le couple va porter plainte.
Aujourd’hui, un peu plus d’une semaine après les faits, merci, tout va bien : Julia, née mardi 2 décembre vers 3 h du matin, est magnifique. Un bébé tout rond, tout rose, tout beau. Sa maman, Aurélie Royer, 29 ans, n’est pas moins superbe. Un exploit au regard des péripéties que cette coiffeuse de profession, déjà mère d’une petite Amélia, 2 ans, vient de traverser. « Ça n’a pas eu d’incidences mais aurait pu être très grave », résume l’heureux papa, Artur Léocadio, fonctionnaire de police à Montbéliard. « C’est pour ça qu’il faut en parler, ne pas cacher ça sous le tapis. » Dissimuler quoi ? Ni plus ni moins qu’une erreur de médicaments, que le couple impute à une sage-femme de la maternité. À la place du Spasfon® – un antispasmodique très courant -, Aurélie a pris du Tramadol, un antalgique de niveau 2, placé qui plus est, depuis 2011, sur la liste des médicaments à surveiller de l’Afssaps. Cet opiacé agit un peu de la même manière que la morphine.

« Je me sens bizarre »

Retour en arrière. Lundi 1er décembre, Aurélie perd les eaux chez ses parents à Taillecourt. Comme prévu et comme pour sa première fille, elle se rend à la maternité de l’hôpital de Montbéliard. Elle y accouche sans difficulté particulière et est remontée dans sa chambre vers 6 h du matin le mardi. Comme souvent, surtout après un deuxième enfant, elle souffre de douleurs à l’utérus, ce que les professionnelles de la santé appellent « les tranchées ». Une sage-femme lui prescrit alors du Spasfon®. « Je ne suis pas habituée aux médicaments. J’ai attendu d’avoir vraiment très mal et j’en ai pris deux en début de soirée. » La nuit est horrible : la jeune femme peut à peine tenir debout, a des nausées mais, surtout, des hallucinations. « Je me croyais mourante », raconte-t-elle, encore tout émue. « Pire encore : je croyais que la petite était mourante. Je me grattais, j’avais l’impression d’être dans un cauchemar, de devenir folle. »
Au matin, Aurélie sort peu à peu « du brouillard ». Mais à midi, souffrant à nouveau, elle reprend, dans le pilulier préparé par les soignants, ce qu’elle croit être deux comprimés de Spasfon®. Et là, rebelote : elle a froid et transpire en même temps, et, sous les yeux inquiets de sa mère, en visite, « part complètement à l’ouest ». Le soir venu, elle va à peine mieux et avoue à une sage-femme : « Je me sens bizarre. » « C’est elle qui s’est rendu compte que ce n’était pas du Spasfon® mais du Tramadol. » Un médicament beaucoup plus puissant. Elle y est visiblement en plus allergique : un médecin va lui prescrire un autre médicament pour combattre ses effets, principalement des rougeurs cutanées.

Le pire évité ?

Ce n’est pas le pire, pour elle : au vu de la préoccupation de l’équipe soignante, elle comprend que si elle avait allaité (ce qui n’a pas été le cas), ce médicament aurait pu entraîner un arrêt cardiaque… chez l’enfant. « C’est très grave », s’indigne le papa. Ni les données médicales existantes, ni l’hôpital (lire encadré) ne corroborent cette version. Mais on comprend tout de même l’inquiétude parentale. D’autant que rétrospectivement Aurélie se demande si, dans l’état second où elle était, elle n’aurait pas pu lâcher sa fille en la prenant dans ses bras.
Bouleversé, le couple l’est enfin par la réaction de l’hôpital : bien qu’il ait vu défiler dans la chambre tout le personnel, du chef de service à la sage-femme incriminée pour des excuses, il s’indigne de n’avoir obtenu aucune explication claire sur ce sérieux dysfonctionnement.
« Tout le monde peut se tromper », souligne Artur Léocadio. « Mais encore faut-il reconnaître et assumer ces erreurs. Là, on a plutôt eu l’impression qu’il s’agissait de ne pas faire de vagues ». « Les gens venaient dans ma chambre en me disant Qu’est ce qui se passe ? Mais c’était à eux de me dire ce qui s’était passé ! », poursuit Aurélie. « On m’a même demandé : Vous ne vous en êtes pas rendu compte (N.D.L.R : de l’erreur de médicaments) ? Mais je suis coiffeuse, moi, pas pharmacienne ! »
Le couple a décidé de porter plainte, contre la sage-femme peut-être, contre l’hôpital certainement, pour « mise en danger de la vie d’autrui ». « Nous n’avons pas d’animosité envers le personnel. D’ailleurs la sage-femme qui m’a accouchée était géniale. Mais on ne peut pas laisser passer ça »

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/12/10/je-me-croyais-mourante

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