mardi 10 septembre 2013

Ecot (25) : toxique dépit amoureux

Aussi mutine et lutine soit la femme amoureuse, aussi mutique et méthodique puisse-t-elle se métamorphoser lors qu’elle décrète que la relation est terminée… Le lancinant refrain des histoires d’amour qui finissent mal en général a connu de retentissants couplets, le 17 avril dernier, du côté d’Écot.
Jean-Claude, 57 ans, avait quitté son épouse pour sa jeune maîtresse. En janvier dernier, la demoiselle estime, unilatéralement, que l’histoire est terminée. Rideau ! Le quinquagénaire est sidéré. Comme d’autres hommes dans sa situation, il dit vouloir des explications. Classique méthode pour tenter, en réalité, d’infléchir une inflexible décision entérinée.
À entendre Jean-Claude, il n’a pas eu ces fameuses explications. Alors, pendant des semaines et des mois, il s’est accroché. Il a fait le forcing. Se battant (mal) pour récupérer sa bien aimée et sortant, plus d’une fois, des chemins de la bienséance. Qui plus est lorsque l’alcool venait frelater son psychisme. Comme ce 17 avril où il débarque au domicile d’une amie commune. Plutôt une amie de son ex-maîtresse. « On était invité tous les mercredis », ose-t-il à la barre. Jean-Claude, ce soir, une bouteille à la main, s’invite à l’apéro. Difficile de l’expulser. Rapidement, pourtant, l’intrus se fait indélicat. Son ex, qui est là, décide de partir. Jean-Claude lui file le train. La poursuit sur la route avec sa voiture. L’oblige à s’arrêter. S’emporte. L’insulte. La menace : « Si tu retrouves quelqu’un, je te fracasse la gueule ». L’amie commune, handicapée à 80 %, tente de s’interposer. Le quinquagénaire, hors de lui, l’envoie valdinguer.

Un syndrome dépressif qui le conduit à la tentative de suicide

« Je n’ai pas tapé. J’ai peut-être bousculé », minore le prévenu. Ce qui, peu après, conduira Me Fabienne Roma, l’avocate des deux dames, à tonner autant qu’ironiser : « A vous entendre, c’était presque des caresses ! »
Le prévenu nie aussi avoir crevé les quatre pneus de son ex et embouti l’aile de la voiture de l’amie de celle-ci. Mais il reconnaît que la situation l’avait singulièrement bouleversé et qu’il en avait « gros sur le cœur ». Me Roma revient à la charge : « Vous avez voulu faire votre propre loi pour gérer cette rupture. Vous ne voulez pas entendre le message ». Sa cliente venait de préciser qu’elle avait mis les points sur les « i » et qu’elle avait clairement verbalisé son intention de ne jamais reprendre une relation avec son ex-amant. « Ce que mes clientes veulent, désormais, c’est avoir la paix », insiste l’avocate de la partie civile. Et, accessoirement, quelques centaines d’euros pour réparer le préjudice.
« C’est l’histoire d’un homme de bientôt 58 ans, qui n’a jamais fait parler de lui jusqu’alors et qui a pété les plombs », résume Vladimir Vukadinovic, le procureur. Il module ses réquisitions à l’aune des faits et de la personnalité du prévenu. Il requiert deux mois de prison avec un sursis mise à l’épreuve, encadré de l’interdiction d’entrer en contact avec son ex-maîtresse et l’amie de celle-ci, encore traumatisée.
« Je crois que M. le procureur a fait une bonne analyse de la situation. Sans doute, par dépit amoureux, mon client a-t-il perdu pied. On dit lui avoir expliqué les choses mais, on le sait, les affaires de cœur ne sont pas aussi simples. Sans doute lui fallait-il plus de temps pour faire le deuil de cette histoire. Il a souffert d’un syndrome dépressif qui l’a conduit à une tentative de suicide », décortique Me Hervé Guy, l’avocat de la défense. Il époussette les scories de dénégations de son client et dit que ce dernier, globalement, reconnaît les faits.
Le tribunal s’est donné un temps de réflexion. Le délibéré sera rendu lundi prochain.

http://www.estrepublicain.fr/justice/2013/09/10/ecot-(25)-toxique-depit-amoureux

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