vendredi 15 mars 2013

Procès Degdag : des mensonges en série

Karim Degdag, la victime aux deux visages. « Il était très apprécié au boulot », se souvient Nasser, son collègue de chantier. Un « type bien », assure Virginie, la femme de Nasser : « Quelqu’un de posé, qui savait apaiser les tensions. Très famille, aussi. Sa mère, sa femme, son fils, c’était tout pour lui, il était prêt à tout pour les protéger. »
Jusqu’à vendre de la drogue ? La thèse de ses copains et de ses proches, c’est que Karim est devenu dealer pour aider son frère cadet « impliqué jusqu’au cou dans un trafic de stupéfiants ». Il est question d’une filière hollandaise, d’une dette que certains évaluent entre 5 000 et 6 000 euros, d’autres à 20 000 euros... L’ennui, c’est que le petit frère nie tout : « Je n’avais pas de dette et je n’ai rien à voir là-dedans. Si ce n’est pas la vôtre, c’est celle de Karim ?, l’interroge Me Cianciarullo, l’avocat de Yan Carabeau. “ Oui ”. »

Ce procès, c’est « la vérité si je mens ». Nasser raconte que, deux jours après la disparition de Karim Degdag, sa mère et sa femme lui avaient remis deux téléphones portables, du cannabis et une somme d’argent, pour qu’il les cache. Ce que les deux femmes démentent avec énergie.
« Beaucoup de personnes ont menti au juge d’instruction dans cette affaire », constatait au premier jour d’audience, le président Pascot. Et visiblement, certaines continuent devant la cour.
Une volée de plombs
Mauvaise journée pour la partie civile, plus mauvaise encore pour la défense. Médecins légistes et experts en balistique sont venus mettre à mal le scénario que soutient mordicus Yan Carabeau.
Karim Degdag est venu chez lui ce soir du 11 février 2010. Il lui a pris son fusil de chasse et l’a conduit sous la menace jusque dans les marais d’Aytré. Il faisait nuit, les lieux étaient déserts. « On est sortis de la voiture, il m’a mis en joue, je me suis précipité sur lui, le fusil est tombé, je l’ai récupéré, je me suis relevé, il s’est relevé, j’ai reculé, j’ai appuyé sur la détente au moment où il se retournait. Sans vouloir le tuer franchement. » (sic)
Une seule cartouche de calibre 12 a suffi. Une volée d’une centaine de plombs dans le dos dont certains ont atteint des organes vitaux. Le coup a été tiré « à une distance de 12 à 15 mètres », affirme l’expert en balistique, ce qui ne cadre pas avec un coup de feu accidentel dans une lutte au corps à corps.
Le récit de Carabeau est truffé d’incohérences du même calibre. Le président Pascot lui met le nez dessus dans l’espoir de le faire craquer. En vain. Ce n’est pas dans ce procès que se manifestera la vérité. La cour est tout aussi intriguée par le comportement de Yan Carabeau après les faits.
Dans les minutes qui suivent, il va chez un copain, s’achète des cigarettes et refourgue 10 grammes d’héroïne à l’un de ses clients, Cyril. Normal. Le corps de Karim Degdag ne sera découvert que quatre mois plus tard, en juin. Entre-temps, sa famille a remué ciel et terre pour le retrouver, une « marche blanche » a réuni plusieurs dizaines de personnes à Aytré. Yan Carabeau, lui, vaquait tranquillement à ses occupations.
http://www.sudouest.fr/2013/03/14/des-mensonges-en-serie-994025-1531.php

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