Oui, Yan Carabeau a donné la mort à Karim Degdag, son ancien copain de foot, le 11 février 2010, à Aytré. Oui, il a planifié son crime. Au terme de deux jours et demi de débats et de deux heures et quart de délibéré, la cour d’assises de la Charente-Maritime l’a reconnu coupable d’assassinat, hier, et l’a condamné à 15 ans de réclusion criminelle.
L’avocat général avait requis 20 ans. La peine est assortie d’un suivi sociojudiciaire de 5 ans que le condamné devra respecter à sa libération, faute de quoi il retournera à la case prison pour trois ans.
Ainsi se termine un procès qui laissera un goût d’inachevé. Seule certitude, Yan Carabeau est bien à l’origine de la mort de Karim Degdag. Il l’a reconnu. Pour le reste, l’avocat général, Isabelle Jubineau, qualifie le dossier de « complexe » et ses deux protagonistes de « bien moins lisses » qu’il n’y paraît.
Karim n’est pas que le bon fils, bon époux, bon père dont les avocats des parties civiles, Jean-François Prigent et Brigitte Bouillonnec, ont ravivé le souvenir. Il est aussi celui qui vendait de l’héroïne à Rochefort. Un trafic récent et modeste, certes, l’homme n’avait pas le train de vie ni le compte en banque d’un dealer professionnel, mais un trafic réel et qui lui a coûté la vie.
Carabeau, lui, le « renfermé », « joue la victimisation ». Seulement, derrière la « personnalité peu affirmée » décrite par les experts, l’avocat général voit un « menteur » et un « opportuniste capable de stratégie ». Son crime, il l’a « planifié », accuse l’avocat général, il n’y a pas, là, « tir accidentel, et encore moins légitime défense. »
Isabelle Jubineau en veut pour preuves les mensonges répétés de Yan Carabeau depuis trois ans, les incohérences de son récit du soir du crime, les menaces de mort qu’il a proférées à l’encontre de Degdag : « Il m’a déjà mis trois branlées, s’il revient m’en mettre une, je lui file un coup de 12. »
« Ce ne sont pas des paroles en l’air. À d’autres, il a confié être capable de tuer. Carabeau n’a rien de l’homme terrifié qu’il prétend être. Il a fomenté son projet et l’a mis à exécution. »
Tout ce qui démontre une froide détermination pour l’accusation, est au contraire signe « d’improvisation et de panique », pour la défense. Me Cianciarullo ne voit rien, dans le dossier, qui prouve une mise à mort programmée, mais plutôt un enchaînement de circonstances qui échappe a son client.
Imagine-t-on un « stratège » utiliser son propre fusil de chasse pour tuer quelqu’un ? Mettre le cadavre dans le coffre de sa voiture, puis se raviser et l’abandonner sur place ? « Le récit de Yan Carabeau n’est peut-être pas très rationnel mais il n’a rien invraisemblable. Ces incohérences, dont il a été question pendant le procès, ne sont que des décalages par rapport à des témoignages qui, eux-mêmes, ne sont pas forcément fiables à 100%. »
Yan Carabeau est reparti en prison avec ses secrets. Etait-il vraiment seul ce 11 février au soir ? Les faits ont-ils eu lieu dans les marais d’Aytré ou ailleurs ? Et dans quelles circonstances précises ? « L’épouse et la famille de Karim espéraient la vérité, elles en ont été privées », a regretté Me Bouillonnec
http://www.sudouest.fr/2013/03/15/15-ans-de-prison-pour-yan-carabeau-995548-1531.php
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