jeudi 13 décembre 2012

Dix-huit mois ferme pour la folle poursuite

On se croirait dans un mauvais film catastrophe, où les piétons sautent de justesse sur le trottoir pour éviter d'être écrasés par un chauffard qui envoie valser les poubelles ! » À la lecture des faits reprochés à Thomas Recio, habitant de Camarsac de 22 ans, le président du tribunal, Alain Reynal, n'a plus envie de rire. Le jeune au casier déjà rempli comparaissait pour refus d'obtempérer, mise en danger de la vie d'autrui, recel de vol de véhicule et violences à personnes dépositaires de l'autorité publique.
En clair, il a entraîné des policiers dans une folle course-poursuite qui a commencé à Bègles, alors que la fête de la morue battait son plein ce 29 mai 2010, et s'est terminée à Salleboeuf, quand il a tenté une ultime manœuvre pour échapper à ses poursuivants qui lui barraient la route. Tout ça parce qu'il roulait à vive allure, sans permis, au volant d'une voiture volée.

Trois ans requis
La suite est connue. Pendant une demi-heure, ce ne seront qu'accélérations avec des policiers toujours plus nombreux à ses trousses, feux tricolores grillés, stops brûlés, rues et ronds-points avalés à contresens, pointes de vitesse à plus de 160 km/heure, bras d'honneur et accident qui stoppera sa cavale. Bilan : deux blessés dans les rangs de la police et une interpellation musclée dont le prévenu se plaint à la barre.
« Deux ans après je me rends compte, mais à l'époque, j'ai pris peur, j'ai simplement essayé de fuir. » Me Patricia Missiaen, dont les clients policiers portent encore les séquelles de l'accident, souligne les risques pris lors de « cette folle poursuite ». Ce n'est pas la première fois que Thomas Recio conduit sans permis. « C'est un habitué qui a voulu narguer et larguer les policiers et qui ose se présenter comme une victime alors qu'il a joué avec la vie des autres », gronde le vice-procureur Marc Ottomani. Certain que le jeune, « un fou du volant », recommencera, le magistrat requiert trois ans de prison ferme et 400 euros d'amende.
Une fuite en avant
En défense, Me Fabienne Gouteyron n'a pas vraiment la même lecture du dossier. Elle n'a pas la tâche facile. Elle n'a rencontré son client, qui semble changer d'avocat comme de chemise, que la veille de l'audience. Elle va pourtant droit au cœur du dossier, à savoir ce qui est réellement passé par la tête du prévenu cette nuit-là.
« Il a la crainte du gendarme, du poursuivant, du policier, assure-t-elle. Il est dans l'impossibilité de concevoir que c'est pire de fuir. Ce n'est pas un jeu, il en fait même une question de vie ou de mort. Il n'a qu'une idée en tête, c'est fuir, sortir de ce tunnel de sidération, de panique. Ce n'est pas un rallye, pas James Dean, pas "La fureur de vivre", ni "Attrape-moi si tu peux". » Pour cette fuite en avant, Me Fabienne Gouteyron demande l'indulgence du tribunal.
Après en avoir délibéré, les juges sont restés en deçà des réquisitions et ont condamné Thomas Recio à deux ans de prison dont six avec sursis et mise à l'épreuve, et l'ont maintenu en détention.

http://www.sudouest.fr/2012/12/13/dix-huit-mois-ferme-pour-la-folle-poursuite-907841-2760.php

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