samedi 15 décembre 2012

Couture (16) : l'agricultrice a vécu « une agonie psychique »

Elle ne serait pas son épouse, on parlerait d'esclavage des temps modernes. Nous sommes sur une notion d'asservissement », a lancé mercredi soir Me Lionel Béthune de Moro, au tribunal d'Angoulême. Il représentait une agricultrice de Couture (canton de Ruffec), qui a trimé comme une bête à la ferme pendant plusieurs années, couchant dans une grange sans chauffage, mangeant des boîtes de conserve froides, se lavant dans la laiterie, au point d'y perdre sa santé et… son identité. L'expertise psychologique conclut en effet à « la perte du sentiment d'identité ».
En résumé, l'expert estime que le préjudice subi par l'agricultrice « est l'équivalent d'une agonie psychique ». Aujourd'hui, elle écoute la radio : « Cela lui permet de réintégrer le monde », souligne l'expert qui note « des signes de stress post-traumatique ». L'agricultrice décrit ces dernières années ainsi : « J'étais en pilotage automatique. » L'expert, lui, parle « d'une conduite de survie ».

Complètement sous l'emprise psychologique de son mari, la Charentaise, âgée d'une cinquantaine d'années, a été tirée de son enfer par sa famille, après s'être enfin confiée à son frère, le 19 mai. Elle avait tellement maigri, « vieilli » et était dans un tel état physique de saleté que des membres de sa famille ne l'ont pas reconnue. Plainte a été déposée à la gendarmerie par l'entourage. « Vous m'auriez vue il y a six mois, j'étais comme une petite grand-mère de 80 ans », a déclaré l'agricultrice à la barre. Elle a entamé une procédure de divorce.
Son mari comparaissait mercredi soir devant le tribunal correctionnel d'Angoulême. Il était poursuivi pour deux motifs : violences habituelles sur conjoint (des coups) et, très rare, « soumission d'une personne vulnérable ou dépendante à des conditions d'hébergement indignes ».
Le PV, dressé par les gendarmes lorsqu'ils se sont déplacés à la ferme, a en effet estomaqué ceux qui l'ont lu. La fermière s'était aménagé un réduit de fortune dans le grenier à paille pour y dormir. Sans chauffage. Sa fille lui avait fourni un matelas. Les gendarmes ont trouvé de la nourriture cachée partout dans les bâtiments, y compris dans le lave-linge.
Il n'y avait qu'une seule clé de la maison. Selon l'exploitante, son mari la gardait avec lui dès qu'il s'absentait pour aller à sa ferme à lui, s'occuper des vaches. Et surtout, fermait la porte d'entrée à clé lorsqu'il se couchait le soir.
Diabétique et malade, il se couche tôt, vers 19 h 30. Sa femme, elle, ne finissait la traite des vaches et des chèvres, à la main, que vers 23 heures. C'est alors qu'elle trouvait porte close. D'où la couche dans la paille, pour dormir, malgré le froid.
Mercredi à l'audience, le prévenu a réfuté tout ce qu'on lui reprochait : « Je n'ai jamais fermé la porte, a-t-il assuré. Et comment qu'elle faisait tous les papiers si elle ne rentrait pas à la maison ? ! »
L'agricultrice, en effet, s'occupait également de toute la paperasse administrative pour les deux exploitations. C'était elle, aussi, qui allait faire les courses. « Il me chronométrait », glisse-t-elle. C'est elle, encore, qui gérait l'argent du ménage, les chéquiers. Les seules personnes qui venaient régulièrement à la ferme étaient la factrice et le collecteur de lait, tous les jours.
La factrice, voyant une fois le visage tuméfié et violet de l'agricultrice, avait téléphoné aux gendarmes. Qui lui avaient répondu qu'ils ne pouvaient rien faire si la victime elle-même ne protestait pas et ne portait pas plainte.
Rien dans le dossier proposé mercredi au tribunal ne venait étayer les violences physiques. À part le récit de l'agricultrice, aucun élément ni témoin n'a pu confirmer que la maison était fermée le soir et donc la « soumission » aux conditions d'hébergement indignes. Le mari a été relaxé par le tribunal.

http://www.sudouest.fr/2012/12/14/l-agricultrice-a-vecu-une-agonie-psychique-908929-4720.php

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