Le 13 septembre, un incendiaire multirécidiviste, jugé en comparution immédiate, avait demandé un délai pour préparer sa défense. Giovanni Tommasino, un Charmontais de 22 ans, était alors poursuivi pour avoir allumé deux feux, dans son immeuble, à Grand-Charmont, en août (notre édition du 14.09).
Aujourd'hui à la barre, son attitude n’a guère varié. Pâle comme un linge, il se contente de reconnaître les faits, comme blasé. « Sa seule ambition, actuellement est d’intégrer un autre centre de détention où il puisse suivre des formations », appuie l’avocate de la défense, Valérie Chassard.
Le jeune homme, actuellement incarcéré pour des escroqueries, est difficile à cerner. Depuis 2009, Giovanni Tommasino a occasionné une quinzaine feux, principalement dans les immeubles où il résidait. « Vous emménagez en juillet 2012 à Grand-Charmont après un an de détention. Moins de deux semaines plus tard, vous mettez le feu dans le local-poubelle de votre immeuble. Vous avez une femme, un enfant. L’expert psychiatre pensait que le fait d’être père allait vous mettre du plomb dans la tête, eh bien non… », soupire le président du tribunal Alain Troilo. « Je prends conscience des choses quand je vois les secours arriver. Je n’aime pas les feux mais voir les pompiers secourir les gens », indique le récidiviste. Au fil de l’audience, ce comportement énigmatique est décrypté, s’explique même. À l’origine de son « addiction », un traumatisme d’enfant. À 8 ans, le jeune homme a vu les pompiers secourir son père victime d’un malaise cardiaque. Depuis, la présence des sapeurs le rassure. « C’est lui qui, tout le temps, appelle les secours. Il est excité quand il voit les pompiers travailler, dans un état second », constate Valérie Chassard. « Avant d’allumer un feu, je me sens triste, mal, déprimé », note le prévenu.
L’expert-psychiatre qui l’a ausculté évoque une immaturité psychoaffective, une vulnérabilité psychique et ce traumatisme enfantin qui engendre, d’après le spécialiste, « des relents de culpabilité ». Mais, pour le médecin, l’incendiaire est « parfaitement conscient de ses actes» et il n’y a pas d’altération du comportement ».
Le vice-procureur requiert la peine-plancher, 4 ans de prison dont 2 avec sursis et 5 ans de mise à l’épreuve avec obligation de soin : « Il présente une dangerosité d’ordre criminologique et statistique. Dès qu’il est dehors et qu’il va mal, il met le feu », déplore Lionel Pascal. La défense insiste sur la nécessité de soins : « La prison n’est pas une fin en soi. Elle doit permettre d’éviter la réitération des délits ».
Le tribunal est allé au-delà des réquisitions. Le Charmontais a été condamné à 4 ans de prison ferme. Une ancienne peine avec sursis (4 mois) a été révoquée. L’homme a été maintenu en détention. Deux habitants dont les caves ont été abîmées et le syndic de copropriété se sont constitué partie civile.
http://www.estrepublicain.fr/justice/2012/11/15/dans-un-etat-second
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