samedi 8 septembre 2012

Une jeune fille éjectée et tuée

« Je ne vais pas raconter des bobards pour m’en sortir », se défend Hakim Raddadi, 24 ans. Il n’empêche. Malgré ses grandes déclarations de sincérité. Malgré ses lunettes stylées et sa mise soignée. Malgré sa mine grave de jeune garçon sérieux. Malgré tout cela. Difficile d’avaler ce qu’il a raconté hier devant le tribunal correctionnel de Nancy.
Il comparaissait pour un accident mortel qui remonte au 10 novembre 2008. Ce jour-là ou plutôt cette nuit-là, il a emprunté la voiture de son frère et bien qu’il n’ait pas le permis, il l’a utilisée pour ramener des copains. Mais il a perdu le contrôle du véhicule à Lay-Saint-Christophe, une commune de la banlieue de Nancy. Son véhicule est sorti de la route. L’un des quatre passagers, une jeune fille, Chloé Brice, a été éjectée. Elle est morte sur le coup. Elle avait 19 ans.
Voilà les faits dans toute leur sécheresse tragique. Reste une question : pourquoi le conducteur a-t-il perdu le contrôle ? Là, tout devient vaseux. Le jeune homme prétend avoir été gêné par une Clio blanche qui n’aurait pas marqué l’arrêt à un stop.
Problème. Quatre automobilistes qui étaient sur les lieux de l’accident sont formels. Ils n’ont jamais vu de Clio blanche. En revanche, ils ont bien vu la voiture du prévenu. Et ils sont tous aussi formels : elle roulait très vite.
« Ce sont des témoignages objectifs et concordants », insiste la présidente, Catherine Hologne. Cela n’empêche pas le jeune automobiliste de rester sur ses positions. Tant sur la présence de la voiture que sur la vitesse.
Pourtant, sur ce dernier point, une expertise est venue confirmer l’impression des témoins. Sa voiture circulait à 130 km/h et pas à 90, comme il le soutient. Cela ne fait pas fléchir le conducteur.

Entre colère et larmes

Il se montre tout aussi têtu sur le fait qu’il était sous l’emprise de cannabis. Il jure qu’il n’avait pas fumé de joints depuis trois jours. Qu’il n’était donc pas dans les vapes au moment de la sortie de route mortelle.
Là encore une expertise démontre le contraire. « Votre version est impossible monsieur ! » s’énerve la présidente Hologne.
Mais elle se heurte à un mur. Le prévenu s’obstine à nier l’évidence. Au premier rang de la salle d’audience, la famille de la victime a bien du mal à se contenir. Les parents et la sœur aînée de la jeune fille décédée sont partagés entre colère et larmes de tristesse.
« Mes clients et moi, nous sommes consternés par les explications pitoyables du prévenu », assène Me Alain Behr. L’attitude de l’automobiliste après l’accident reste également en travers de la gorge de la famille Brice. Selon des témoins, il n’avait qu’une idée en tête. Partir. Ce qu’il n’a finalement pas fait.
En revanche, lorsque les gendarmes l’ont interrogé, il leur a donné une fausse identité. Celle de son frère.
Le vice-procureur Yvon Calvet parle de « succession de fautes impardonnables ». Puis requiert 30 mois de prison dont 10 mois avec sursis.
L’avocate de la défense, Me Dominique Tallarico, tente de casser l’image de chauffard froid renvoyé par son client : « Lorsque je l’ai vu en garde à vue, il était en pleurs ». Jugement : 3 ans dont 2 ans ferme.

http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/09/08/version-impossible

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