Il y a eu le coup de fusil dans la discothèque près de Cambrai. Mais samedi, un des salariés du Gibus a été menacé par un client armé d'un couteau qui ne voulait pas couper le son de son lecteur MP4. Un fait malheureusement pas inhabituel pour les patrons des discothèques laonnoises.
Au Volcano avec Adil Ourahou : "une vigilance permanente"
Cela avait pu surprendre : sept agents de sécurité, plusieurs dizaines de caméras, un maître-chien, deux portails de détection des objets métalliques, un portail automatique. Pourtant, le « Volcano » n'était pas l'annexe laonnoise de « Fort Knox », la réserve d'or américaine. Juste le dernier établissement de nuit qui s'est ouvert en ville basse. Une discothèque où l'aspect sécurité a été privilégié. Un fait qui avait surpris les premiers clients, notamment lors du passage sous les détecteurs de métaux.
« Vider ses poches avait pu surprendre, maintenant c'est entré dans les esprits et au contraire, cela rassure encore plus », explique Adil Ourahou. L'homme n'a pas hésité à faire de la sécurité, son leitmotiv pour ce nouvel établissement. « Je viens d'ailleurs d'engager un physionomiste », précise-t-il. Pourquoi cet accent mis sur ce point ?
« La société a changé, et notamment avec l'alcool, qui est consommé de plus en plus avant d'arriver en boîte. Nous avons donc l'obligation de mettre l'accent tout de suite sur les conditions d'entrée. Ou de refus. Dans ce cas-là, le refus doit être fait avec beaucoup de maîtrise. Nous avons des petits trucs pour faire baisser la tension. Nous raccompagnons toujours ceux que l'on refuse jusqu'à leur voiture. C'est un principe et cela nous permet de nous assurer que leur départ est effectif. De bien voir s'ils n'ont pas envie de revenir pour tenter la même chose. »
Dissuader les mauvais esprit
En plaçant un maître-chien à l'entrée du club, plus un portail automatique, un premier acte de discussion est mis en place. Pour bien montrer aux clients que l'on préserve leur soirée. Et aussi pour dissuader les mauvais esprits. « Cela ne nous empêche pas d'essuyer pratiquement toutes les semaines des insultes ou des menaces de mort dès que l'on refuse l'entrée », rétorque aussitôt Adil. Ce qui l'oblige pour la tranquillité de sa vie privée, à effectuer ses courses et achats privés bien en dehors de Laon. « Une fois, j'ai eu un duo d'individus, refoulé la veille, qui m'a aperçu dans un supermarché laonnois. Alors que j'étais avec mes enfants, ils n'ont pas hésité à venir me provoquer… »
Comme son homologue de la ville, Adil, notamment dans sa vie passée d'agent de sécurité dans les discothèques, avait désarmé de nombreux clients : bombes lacrymos et autres couteaux. « Autrefois, on ne pensait même pas à prendre un couteau pour aller en discothèque. » Et dernière mesure de sécurité, entre Adil et Kader, le téléphone fonctionne. « Quand nous avons un groupe qui est refoulé, on se prévient immédiatement. Pour que l'autre établissement soit paré. » Concurrents certes, mais collègues pour le bien-être de leur établissement.
A l'Odyssée, Kader Chaibi « Jamais à l'abri »
« Cela fait onze ans que je suis ici, et j'ai vu le changement. Avant, il y avait ce respect envers l'agent de sécurité. Quand ce dernier disait non, l'individu n'insistait pas. Il y avait la peur du vigile, et surtout du policier. Aujourd'hui, c'est complètement différent. » Dans son établissement du centre-ville, Kader Chaibi ne compte plus le nombre de fois où les portes d'entrée de son établissement ont reçu des pierres, des pavés et autres projectiles comme des bouteilles vides. « Sans compter les gens que l'on a désarmés. On a enlevé des couteaux, des cutters et autres objets à l'entrée. C'est un peu inimaginable lorsque l'on se retourne sur un passé proche. »
Bien sûr, ce père de famille a été choqué de ce qui est arrivé près de Cambrai, après la tragédie de Lille. « Ici, nous ne sommes pas à l'abri. Il suffit de se rappeler qu'il y a deux ans, Gilbert avait reçu un coup de feu contre la porte de son établissement à Coucy. Heureusement, ce n'était qu'un pistolet à grenaille. Mais on se dit que nous ne sommes pas à l'abri, nous non plus. » Aujourd'hui, de multiples précautions sont donc prises quand un de ses trois agents de sécurité (ou lui-même) refusent l'entrée - un acte toujours motivé - à un individu ou une bande de jeunes. Pour des raisons multiples qui sont d'ailleurs clairement affichées sur la porte d'entrée. Une liste éditée par la Fédération française des établissements de nuit.
Jamais reculer
« On ne doit jamais reculer face à quelqu'un qui commence à s'énerver. Sauf bien sûr, si l'on voit que ce dernier recherche à tout prix l'affrontement. On doit jouer énormément de diplomatie et surtout être toujours dans le domaine de la loi. Aujourd'hui, nous sommes arrivés dans une situation où c'est parfois nous, les propriétaires de discothèque ou de bars, qui devons nous justifier devant la loi ! C'est dommage. Au contraire, nous demandons de plus en plus de sévérité envers ces quelques personnes qui cherchent à tout prix à créer des problèmes. » Une fois, Kader et ses deux garçons ont été pris à partie, lors d'une fête foraine, par deux individus, qui n'avaient pas pu entrer la veille dans son établissement…
N'ayant pas de parking privé, il est difficile, pour son trio d'agents de sécurité et lui-même, d'identifier les fauteurs de trouble. « Ce que nous avons réalisé, a été de responsabiliser nos clients. Ils savent exactement jusqu'où ils peuvent aller. » Une solution qui permet, aujourd'hui, d'avoir un établissement calme. A l'intérieur.
Au Gibus, la famille Benboudjema « Toujours quelques-uns qui jouent au caïd »
Un couteau. Puis une ceinture. En l'espace de quelques heures, Tahar Benboudjema, un des salariés du Gibus, s'est fait menacer de très près, le week-end dernier. Pas une première, et cette fois-ci, ce père de famille a répondu. Envoyant d'ailleurs son agresseur au tapis. Mâchoire touchée.
« On essaye de repérer les clients à problème, explique Rachid, un des gérants. Ensuite, ils sont éconduits. Rien que pour la tranquillité de nos clients habituels. D'ailleurs, nous avons fait un ménage pour justement éviter ce genre de souci. » Au Gibus, les trois comparses - Rachid, Mohamed et Tahar - ont chacun leur rôle. « Le premier à intervenir, c'est Mohamed. C'est notre diplomate. Il est capable de faire baisser la pression de pratiquement toutes les situations délicates. Et si et seulement si la situation le veut, Tahar est plus notre force de dissuasion. » Pratiquant d'art martial, l'homme peut aplanir la situation rapidement.
« Il y a des jeunes, ou d'autres moins jeunes, qui veulent systématiquement jouer au caïd. Cela nous pourrit la vie. Il n'est pas normal que l'on vienne au travail avec un autre sentiment que celui de la satisfaction de bien faire son boulot. »
Qui plus est, portant un nom d'origine d'Afrique du Nord, le trio est aussi victime d'injures raciales récurrentes. Mais parfois, si l'intervention n'est pas suivie par la justice, on peut avoir des situations comme celle de samedi dernier. »
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/violence-autour-des-etablissements-de-nuit-une-inquietude-partagee
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