Accusé d'avoir volé 1 000 € à un octogénaire repéré au bureau de poste, un Rémois n'a eu de cesse de clamer son innocence. Le parquet réclamait deux ans ferme, le tribunal l'a relaxé.
OUI, il était bien au bureau de poste derrière le retraité ; non, ce n'est pas lui qui l'a ensuite dépouillé ! Se déclarant victime d'un mauvais concours de circonstances, Ali Djemadi, 43 ans, attendait avec impatience de passer devant le tribunal cette semaine afin de clamer son innocence dans une affaire de vol vieille de deux ans.
Le 17 mars 2010, un retraité de 84 ans domicilié allée du Tyrol retire 1 000 € au guichet de son agence postale, place Jean-Moulin. De retour dans son immeuble, il s'apprête à monter dans l'ascenseur quand un individu lui arrache sa sacoche et s'enfuit en croisant une femme de ménage.
Exploitant la vidéo du bureau de poste, les policiers identifient Ali Djemadi qui patiente derrière l'octogénaire, dans la file d'attente. Sa présence les intéresse, car ce Rémois est déjà connu de leurs services pour des vols. Ils montrent le film à la femme de ménage, « qui émet un doute sur la concordance entre la tenue vestimentaire de mon client et celle de l'auteur du vol », souligne son avocat, Me Pascal Ammoura.
Témoignage « fragile »
L'enquête ne permet pas de réunir d'autres éléments. Dix mois plus tard, Ali Djemadi est placé en garde à vue. Il ne fait aucune difficulté pour reconnaître sa présence au bureau de poste, mais déclare être totalement étranger au vol qui a suivi.
Faute d'avoir accès à la procédure, l'avocat de permanence qui l'assiste à ce moment-là lui conseille de garder le silence tant qu'il n'aura pas connaissance des charges réunies à son encontre.
Le suspect est libéré, puis rien ne se passe jusqu'en janvier 2012, date de son nouveau placement en garde à vue (nos éditions du 27). « On le prend en photo pour le montrer à la victime », se souvient Me Ammoura. « Et là, elle déclare le reconnaître formellement alors que deux ans plus tôt, elle n'avait pas été en mesure de l'identifier sur le fichier photographique ! Cela n'a aucun sens ! On ne peut pas asseoir une condamnation sur la base d'un seul témoignage aussi fragile, surtout lorsque le parquet réclame deux ans de prison ferme à l'encontre de mon client.»
La plaidoirie de l'avocat a fait mouche. Après en avoir délibéré, le tribunal a considéré qu'aucun élément du dossier ne permettait d'entrer en voie de condamnation. Ali Djemadi a été relaxé.
Un second prévenu a bénéficié d'une décision identique lors de la même audience. Sous tutelle, un locataire de l'avenue Bonaparte avait déposé plainte contre Mallé Kanté, 32 ans, en l'accusant de lui avoir volé bijoux et carte bancaire après avoir été battu et séquestré avec sa femme pendant neuf heures, à leur domicile, le 3 mars dernier
La séquestration fait pschitt
La thèse de la séquestration n'avait pas résisté à la garde à vue. Restaient le vol et quelques violences légères contestés par Mallé Kanté. Il connaît le plaignant. D'après ses déclarations, celui-ci l'a invité à venir s'alcooliser chez lui. Il a accepté, avant de quitter les lieux en expliquant que si méfaits il y a eu, une autre personne les aurait commis après son passage.
Me César Noizet s'est appuyé sur les imprécisions du dossier pour plaider la relaxe de son client. Lui aussi l'a obtenue.
http://www.lunion.presse.fr/article/faits-divers/accuse-dun-vol-il-risquait-deux-ans-mais-repart-relaxe
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