dimanche 13 novembre 2011

Les braqueurs se disent traumatisés !

Ils disent ne plus dormir, être irritables depuis. Ce ne sont pas les commerçants qui parlent mais les braqueurs. « Une attitude indécente », pour l'avocate des victimes.

DIFFICILE de comprendre exactement comment l'idée a germé de se faire le petit bar-tabac du quartier. Yves Doyen, du haut de ses 25 ans, a déjà été condamné pour des faits de violences aggravés et de vol avec violences, il est à court d'argent et a besoin d'en trouver rapidement, en ce début du mois de juillet. Il a le fusil à double canon scié, lui manque les gants et la cagoule ainsi qu'un complice pour faire le guet.
Junior, tel est son surnom, demande un coup de main à son père de cœur, ex-grand délinquant, ex-grand tôlard, au casier judiciaire qui en impose dans le milieu de la petite délinquance thiérachienne, Henri Villain, 49 ans. D'ailleurs, comme il connaît beaucoup de monde, l'Ancien est « agent de renseignements » pour les gendarmes. S'il lui file les accessoires, il refuse d'être de la partie.
Yves Doyen ne va pas chercher trop loin son complice, c'est le petit ami d'une des filles de l'Ancien, Maximilien Tricoteux, 19 ans, primo délinquant. Il a une peur bleue de Junior, il ouvrira la porte du 421, ce 13 juillet, en début d'après-midi pour s'assurer que le braquage se passe sans accroc.

« Ta caisse ou je te plombe ! »

La description de l'enchaînement des faits fait froid dans le dos. Yves Doyen entre, le gérant est dans l'arrière-salle, il tente d'ouvrir le tiroir-caisse en vain et attend donc patiemment le fusil à la main que le gérant arrive. « Il m'a dit : ta caisse ou je te plombe ! »
Alors qu'il tend les billets au braqueur, il voit sa femme arriver. « J'ai entendu des éclats de voix, je n'ai pas pensé à un braquage. Quand j'ai vu la cagoule et l'arme, je me suis précipitée sur le téléphone. »
Le couple de commerçants est totalement traumatisé. « Vous leur avez fait subir la totale : financièrement à genoux, psychologiquement détruit ! » Le procureur de la République Damien Savarzeix d'ajouter : « Ca donne envie d'être impitoyable ! »
Le couple de commerçants « ne roule pas sur l'or », a expliqué le président du tribunal, Bernard Sargos. En deux minutes, on leur a volé 730 euros. Chaque mois, le couple parvient difficilement à se verser un salaire de 750 euros, une fois les traites payées.
Le braquage les a mis dans le rouge auprès de la banque. Et psychologiquement, le cœur n'y est plus. « Je ne dors plus, j'ai toujours peur que ça recommence, je crie sur les enfants », explique le gérant du bar.
Le procureur décrit le sentiment de sidération ressenti par le couple qui « a été plongé dans une angoisse de mort imminente. L'esprit enregistrant qu'à cet instant la vie allait peut-être s'arrêter. »
Traumatisés, Yves Doyen et Maximilien Tricoteux assurent l'être aussi. Ils affirment ne plus dormir, avoir des flashs sans arrêt, des remords qui les rongeraient. Pourtant, ils ne se sont pas livrés aux gendarmes. C'est l'Ancien qui va le faire, explique son avocat Me Lavallois. D'ailleurs, l'étau était en train de se resserrer autour des eux, les gendarmes, qui avaient retrouvé la cagoule et les gants, avaient réussi à prélever une empreinte ADN.

« Les regrets ? Le minimum ! »

Me Delvienne, l'avocate des commerçants braqués a parlé d'indécence. « Ce qu'ils ressentent, ce n'est rien à côté de la peur des victimes. Quant aux regrets exprimés, c'est quand même le minimum. »
Le trio a été jugé hier en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Saint-Quentin. Le procureur a requis des peines lourdes qui ont été en grande partie suivies par le tribunal : « Les braquages fleurissent à Saint-Quentin, il faut que les Saint-Quentinois comprennent que ce type de comportement ne peut les mener qu'à un seul endroit : la maison d'arrêt. »
Pour avoir donné le matériel nécessaire, Henri Villain au lourd casier écope de quatre ans dont trois avec sursis Pour avoir fait le guet et avoir été rémunéré en conséquence, Maximilien Tricoteux a écopé de deux ans d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis, soit 6 mois ferme.
Pour avoir braqué les commerçants, Yves Doyen a été condamné à 3 ans de prison ferme et un an de sursis. Lui seul a été conduit au centre pénitentiaire de Laon afin de purger immédiatement sa condamnation.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/les-braqueurs-se-disent-traumatises

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