Ghislaine Stévenard, née Bouchez, 52 ans, a été condamnée, hier, pour le meurtre de son mari à Laon, en juin 2009, à une peine de dix-sept ans de réclusion criminelle.
C'EST l'histoire d'une femme qui hait les hommes mais qui, pourtant, aime l'un d'eux. De la communauté masculine, elle connaît tous les vices et les dérives.
Elle a été violée en étant fillette et adulte. Elle ne porte même plus plainte. Cette mère de cinq enfants a été sans domicile fixe et prostituée.
Celui qui est tombé sous ses coups, Patrice Stévenard, 49 ans, était, de son propre avis, celui qui s'était montré le plus gentil à son égard.
Ils se rencontrent le 19 janvier 2009 dans un débit de boissons à Laon. Patrice, un serveur âgé de 49 ans, lui offre un verre, le jour de l'anniversaire de Ghislaine. Ce père de quatre enfants se retrouve seul après un divorce douloureux. Après ce coup de foudre, ils ne cessent de s'embrasser comme des adolescents aimantés l'un à l'autre.
Ils emménagent en avril, mais un ennemi redoutable rôde et menace leur fragile bonheur, la jalousie maladive de Ghislaine.
C'est plus qu'un homme battu, c'est un être blessé. Elle l'atteint avec des tessons de bouteille, fait le vide autour de lui. Après dix ans de bons et loyaux services, il démissionne de son emploi. Le patron de bar est abasourdi. Il mesure l'influence néfaste de l'accusée.
Patrice rase les murs, le regard fixe, hésite à unir sa destinée à cette femme venimeuse qui l'encourage à boire. Elle tente de se suicider, sort d'un hôpital psychiatrique, le 14 mai.
Un ami de la victime ne doute pas de l'issue fatale. Il lui lance : « Tu n'as que deux mois à vivre. » L'existence de Patrice ne va durer qu'un mois et dix jours. « Il va vivre un véritable cauchemar », observe Ludovic Manteufel, avocat général, représentant la société, qui requiert une peine de vingt ans de réclusion criminelle.
Ils se marient le 19 mai mais, même ce jour-là, elle gâche la noce triste organisée dans un bar. La cérémonie n'est pas acceptée dans un précédent établissement, en raison des frasques répétées de Ghislaine. Elle lance à son mari : « Si tu me trompes, je te plante. » Elle est folle de colère car il a embrassé sur la joue une invitée. Elle lui adresse aussi un vigoureux coup de pied dans les parties. À l'hôtel, elle le gifle.
Une voleuse de vie
Le 28 juin 2009, elle l'attend dans leur petit appartement situé au numéro 42 de la rue Châtelaine. Elle aperçoit un carton de vêtements de femme et s'enflamme de colère. Il ne s'agit que d'habits appartenant à la fille de Patrice. Me Moreau, avocat de sa famille, est persuadé qu'il lui a annoncé quelques jours avant son intention de divorcer. Le mari ingurgite des médicaments appartenant à l'épouse et reçoit trois coups de couteau, sans esquisser le moindre geste de défense. Ensommeillé, il est achevé vers minuit par une lame de vingt centimètres fichée dans la poitrine jusqu'à la garde. Les considérations matérielles pèsent vraisemblablement lourd dans son geste. Patrice, c'est sa bouée de survie. Sans lui, elle coule, renvoyée à la rue.
Quand il dérive loin d'elle, elle refuse cet éloignement.
« Elle lui a volé sa vie comme elle lui a volé son cœur », remarque Me Moreau, avocat des parties civiles.
« Elle a tué l'amour de sa vie. Elle était incapable de vivre le bonheur car elle ne sait pas ce que c'est. Elle ne voulait pas cette mort », lui répond Me Berriah, avocate de la défense. Ce n'est pas la première fois que Ghislaine Bouchez frappe un homme. Ludovic Manteufel rappelle ses six condamnations pour violence, toujours en frappant à coups de couteau.
Après trois heures de délibération, Ghislaine Stévenard est condamnée à dix-sept ans de réclusion criminelle avec injonction de soins et un suivi sociojudiciaire de sept ans.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/assises-meurtre-a-laon-dix-sept-ans-de-reclusion-pour-la-femme-au-couteau
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire