Organisée en hommage à cette mère de famille battue pendant dix ans par son compagnon et décédée en mai, la marche a réuni 200 personnes fermement décidées à faire avancer la cause des femmes battues.
SOUS un ciel menaçant, hier après-midi, environ deux cents personnes ont convergé du parc des Champs-Elysées vers le palais de justice de Saint-Quentin, en hommage à Aurélie Martin et à toutes ces femmes battues, un peu partout en France, par leur mari ou leur conjoint.
Un peu avant le départ, avec d'autres anonymes, la mère d'Aurélie Martin, Nicole, a distribué des T-shirts blancs aux participants. Le portrait d'Aurélie Martin figurait dessus. Aurélie Martin était une jolie fille avec de grands yeux marron si tristes et un sourire éteint.
« Les discours ce n'est pas pour moi », dit sa maman d'une petite voix avant de laisser la parole à son mari, René. « Ma fille est décédée le 30 mai des suites d'un accident vasculaire cérébral, le troisième qu'elle faisait suite aux coups violents reçus par son concubin, explique-t-il posément en essayant d'évoquer le plus précisément possible le quotidien de sa fille.
« Une tragédie, une souffrance »
Il est interrompu de temps en temps par des gens venus lui témoigner un soutien. L'agresseur est actuellement en détention à la maison d'arrêt de Laon. Le rigolo a eu 30 mois de prison. Dans un an, il sera ressorti et recommencera avec une autre. »
Stéphanie, la grande sœur, évoque le vide douloureux après la mort de son unique sœur. « Aurélie a commencé à être frappée à l'âge de 14 ans. À 16 ans, il lui a fait son premier enfant. Il l'a tué à l'âge de 23 ans. Les cinq enfants de ma sœur vivent aujourd'hui séparés : dans les deux familles, dans des foyers… C'est une tragédie, une souffrance pour moi. La dernière fois que j'ai vu Aurélie, elle était sur son lit d'hôpital, elle ne pouvait plus parler et j'ai vu qu'elle était recouverte de bleus. Il m'a dit que c'était les piqûres. Il n'a jamais reconnu ce qu'il lui faisait subir. »
« Une justice plus sévère »
Dans le cortège, il y a Séverine, elle connaissait Aurélie. « Elle a l'âge de mon fils, quand elle était petite, elle venait souvent à la maison. » Les violences conjugales, elle aussi, les connaît. « J'ai reçu beaucoup de coups, longtemps. Si je suis là, c'est pour rendre hommage à Aurélie. »
Jennifer est l'une des organisatrices de la marche, avec Stéphanie, la grande sœur d'Aurélie. « Il faut que la justice soit plus sévère. C'est tellement facile de frapper une femme. »
À l'issue de plus d'une heure de marche, à travers le centre-ville de Saint-Quentin, le cortège s'est arrêté au palais de Fervaques, Ahn Dao Traxel, la fille de cœur de Jacques et Bernadette Chirac, très investie dans la cause des femmes maltraitées, a rendu un vibrant hommage à Aurélie. Elle a incité toutes les femmes battues a déposé plainte. Le père d'Aurélie a remercié la foule présente. Sa sœur et sa marraine ont à leur tour pris la parole : « Elle n'a pas connu l'amour mais les coups. » Puis s'adressant parfois directement à la jeune femme décédée : « On t'avait demandé de quitter ton enfer, pourquoi tu ne nous as pas écouté ? »
Et puis, la voix de Bruno Alexander un chanteur compositeur membre de l'association Le Relais des rêves s'est élevée dans le silence pesant : « Je te regarde partir, comme on se voit mourir. Je sais maintenant, ce qu'est la fin. »
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/violences-dernier-hommage-a-aurelie
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